DIALOGUE NATIONAL : PLUTÔT UN MURMURE ENTRE MILITANTS DU PARTI AU POUVOIR

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Dans le cadre des consultations en prélude au dialogue nationale de septembre 2019, les gouverneurs des régions ont au cours des semaines suivant l’annonce, organisé des rencontres pour constituer les délégations devant représenter leurs unités administratives chez le Premier ministre.

Le 21 septembre 2019, le gouverneur de la région du Centre, l’administrateur civil hors échelle Naseri Paul Béa a publié la liste des représentants de sa région. La réaction du président Régional du Social democratic front ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué de presse, ce dernier dénonçait avec la « dernière énergie »  la partialité dont a fait montre monsieur le gouverneur de la région du Centre dans la liste. Pour lui, « cette délégation est exclusivement constituée des militants du Rdpc. Ils y sont désignés sous plusieurs casquettes, qui pourront faire penser aux naïfs à une certaine hétérogénéité, alors qu’il n’en est rien.»Le même 21 septembre 2019, le gouverneur de la Région du Littoral, Samuel IvahaDiboua a présidé une rencontre dans ses services, afin de recueillir aussi les doléances de la région à porter à Yaoundé. A l’issue de cette rencontre la délégation du Littoral a été constituée, composée de 31 personnes, sous réserves des modifications subséquentes.

Liste exclusive pour un dialogue inclusif

Sur les 31 membres de la délégation, 27 était du Rdpc, en commençant par le gouverneur lui-même, qui faut-il le rappeler est militant du Rdpc d’après l’article 20 des statuts de ce parti qui dit : « Sont délégués au Congrès :les membres du comité central,  les membres des bureaux nationaux des organisations spécialisées, les Présidents des Sections du Parti et celles de ses Organisations Spécialisées, les militants exerçant les fonctions de parlementaires, de membre du gouvernement et assimilé, de membre du conseil économique et social, de Gouverneur de Province, les militants élus par les Sections dans les limites numériques fixées par le Comité Central .» Les 4 autres membres de la délégation du Littoral  sont Banda Kani présenté comme homme politique, membre du groupe des 20 qui ont rallié le Rdpc depuis septembre 2018, Ekane Anicet encore et toujours présenté comme le président du Manidem alors qu’il est supposé avoir laissé ce poste depuis des années, Jean Jacques Ekindidu Mouvement progressiste, soutien de Paul Biya à la dernière élection présidentielle et Powé présenté comme le Dga du Gicam. Chacun peut en juger

Les concernés ignorés

Qu’en est-il de la communauté anglophone qui habite dans le Littoral, et qui a accueilli chez elle les frères et sœurs venus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ? Ces déplacés qui sont de véritables sources d’informations sur ce qui se passe dans ces zones, des témoins vivants des exactions des bandes armées et régulières. Les villes de Nkongsamba, Manjo, Loum, MBanga dans la Région du Littoral, sont devenues depuis trois ans les refuges par excellence des populations des régions en crise, et l’arrondissement de de Douala IV aussi. Qui mieux que les maires de ces villes peut porter les préoccupations de ces déplacés au sein d’un dialogue national ?

Qui a dit qu’être militant du Rdpc confère une omniscience sur les problèmes que vivent les populations anglophones, et les solutions y afférentes ? Pourquoi s’obstine-t-on à croire que ceux-là même qui ont juré la main sur le cœur depuis 2016 qu’il n’y a pas de problème anglophone, sont subitement les porteurs de solutions, alors que pour eux le problème n’existe pas ? Et le gouverneur de la Région du Littoral n’a pas oublié les motos taxis décidément si cher au pouvoir, il y avait dans sa délégation leur représentant.Tout porte à croire que les délégations qui défilent à l’immeuble étoile y vont poser autre problème que le problème anglophone dont a parlé le président Biya dans son annonce du 10 septembre 2019.

Corruption active

Tout un commerce se serait d’ailleurs installé autour de ces consultations, d’où les batailles pour être dans les délégations, à cause de « l’argent de taxi » qui y est distribué à la sortie. Il est vrai que le caractère puéril de cet argent fait en sorte que personne ne veut avouer l’avoir pris, mais comme dans les cas de braquage et des vols à main armée, le mauvais partage fait toujours éventrer le secret.

A ce sujet, le 20 septembre 2019, le trésorier national du Conseil national de la jeunesse du Cameroun, a rendu public un communiqué adressé aux jeunes leaders membres du Conseil, dans lequel on lit : « Mardi 17 septembre 2019 après la réception du Conseil national de la jeunesse du Cameroun par monsieur le Premier ministre, dans le cadre des consultations préalables au grand dialogue national, une enveloppe a été remise solennellement à la présidente nationale pour les frais de transport des jeunes présents à cette importante rencontre et venus des quatre coins du pays. La gestion de cet argent fait l’objet d’une controverse qu’il est judicieux d’éclairer au regard des textes du Cnjc pour la gouverne de tous.» Le Trésorier national continue dans son communiqué, expliquant que la présidente nationale sortie de l’audience à 16h, n’est arrivée au siège du Conseil qu’à 23h alors que tous les autres membres de la délégation l’y attendaient depuis longtemps après la sortie de l’audience. Et la suite de la scène est décrite en ces termes: « Elle va s’entêter et nous serons dans l’obligation de saisir une partie des fonds dont le montant s’élève à un million de francs Cfa compté solennellement. Ces fonds sont conservés en lieu adéquat en attendant que lumière soit faite sur le  montant exact reçu lors de cette rencontre par madame la présidente nationale. »

Voilà pour dissiper le doute sur ce qui se passe à l’immeuble étoile lors des consultations, de l’argent circule. D’autres prennent et bagarrent sur la partage comme ces jeunes du Conseil national de la jeunesse.D’autres répondent à la question de savoir s’ils ont pris, en disant que lorsque vous recevez votre belle-mère vous ne la laissez pas repartir les mains vides, d’autres disent qu’ils n’ont pas vu. Toujours est-t-il que des enveloppes changent de mains à l’issue des consultations, que l’on appelle cela argent de transport ou de la belle-mère.

Le dialogue national souhaité depuis trois ans se trouve ainsi dévoyé avant même d’avoir commencé. Entre amitiés, copinage et argent qui circule, ce qui se profile à l’horizon n’est même pas un monologue, mais pire, c’est un murmure entre militants du Rdpc.

Roland TSAPI

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