ADMINISTRATION : LE SERVICE PUBLIC EN CRISE

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La convocation du corps électoral pour le renouvellement des conseils municipaux et des députés à l’Assemblée nationale a eu comme un effet de miroir placée devant la fonction publique camerounaise,  qui révèle une fois de plus son vrai visage.

Les déclarations de candidature à déposer auprès des démembrements d’Elections Cameroon doivent en effet, d’après les articles 165 et 182 du Code électorale, être accompagnées d’un certain nombre des pièces, dont l’établissement se fait devant les sous-préfets, les juges, les maires et les agents des impôts. Mais les plaintes des candidats ne font qu’augmenter, pointant du doigt ces agents publics accusés de manigancer pour empêcher que leurs dossiers n’aboutissent, non sans  les soupçonner de jouer le jeu du parti au pouvoir pour empêcher de déposer leurs dossiers à temps, donc être disqualifiés.

Subterfuges…

A titre d’exemple, le 18 novembre 2019, Jean Jacques Ekindi, le Coordonnateur du mouvement progressiste, écrivait une lettre au président du Tribunal de grande Instance de Douala Bonanjo, pour lui exiger  de lui établir sans délai un extrait de casier judiciaire, ou à défaut lui confirmer par écrit son refus ou son incapacité à lui produire ce document. D’après Jean Jacques Ekindi, il avait auparavant envoyé son collaborateur dans les services de ce tribunal pour l’établissement du document, mais ce dernier s’était entendu dire que le Coordonnateur du Mp ayant été condamné, on ne peut pas lui établir un extrait du bulletin numéro 3 de son casier judiciaire. Il rappelle  au président du tribunal que la délivrance d’un extrait de casier judiciaire est un droit fondamental pour tout citoyen et le fait qu’on soit condamné -ce qui n’est en plus pas le cas pour lui- ou pas, ne peut en aucune manière priver un Camerounais de ce droit. D’ailleurs, l’exigence de ce document par le code électoral procède de la nécessité de vérifier si le candidat à l’élection n’a pas fait l’objet d’une condamnation qui le rend inéligible, c’est-à-dire que s’il a été condamné, c’est une raison de plus pour que le document soit délivré parce que ce sera un motif de disqualification.

Le 19 novembre 2019, le même Jean Jacques Ekindi faisait déposer par exploit d’huissier  une correspondance au directeur du centre des impôts des Moyennes entreprises à Douala Bonanjo, lui demandant de bien vouloir faire établir un certificat d’imposition à son nom. « J’espère que je disposerai soit du certificat d’imposition, soit de votre lettre me signifiant le refus de sa délivrance bien avant la date limite du dépôt des candidatures qui est fixée au 25 novembre 2019 », écrit –il pour conclure sa lettre.

…et discrimination

Si le candidat en arrive à requérir les services d’un huissier pour demander le certificat d’imposition, là où tout usager devrait normalement se présenter dans les bureaux des impôts et se faire servir avec diligence, cela veut dire que là aussi un problème. Il faut dire que si le Coordonnateur du Mp saisit les services publics par écrit, c’est pour constituer les preuves des difficultés que rencontrent les candidats à ces élections de locales de février 2020. Beaucoup d’autres candidats remontent ces mêmes problèmes en effet, d’après les  images, les récits et les vidéos qui circulent dans les réseaux sociaux. Dans une de ces vidéos, on voit le professeur Alain Fogue du parti Mouvement pour la renaissance du Cameroun devant la sous-préfecture de Yaoundé IIIème, où il explique  devant les caméras que le sous-préfet discrimine la signature du certificat de domicile nécessaire pour la constitution des dossiers, et ses camarades du parti poirotent depuis une semaine pour obtenir les documents.

D’après ce responsable du parti, « nous avons  compris que la seule chose qui nous reste à faire, pour na pas laisser le sous-préfet nous déposséder de notre statut de camerounais, c’est de bloquer de manière républicaine ses services afin que le monde voie, parce que depuis qu’on a lancé le processus électoral, la manœuvre est la même dans toutes les administrations à travers le pays contre le Mrc, un mot d’ordre a été donné pour ne pas permettre aux candidats du Mrc de boucler leurs dossier et de les déposer. »

Le 20 novembre à Kekem  dans le département du Haut-Nkam, région de l’Ouest, le sous-préfet Bikie Befolo Alain Serge est même arrivé aux mains avec un militant du même parti, qui s’offusquait de ce que son certificat de domicile est resté depuis 6 jours dont quatre ouvrés dans  les bureau de l’administrateur et n’était toujours pas signé. D’autres plaintes formulées contre les administrations font aussi état de l’exigence des timbres sur certains documents alors que le Code électoral consacre la gratuité de leurs signatures pour les dossiers de candidatures, en son article 295. « Tous les actes judiciaires sont, en matière électorale, dispensés du timbre et enregistrés gratis » dit l’alinéa 1

Les produits de l’Enam

Il est curieux de constater que  les fonctionnaires accusés dans ce processus sont tous des produits de l’Ecole nationale de la magistrature, juge,  sous-préfets, directeurs des impôts. Curieux parce que personne mieux qu’eux ne connait la notion de service public, qui doit avoir un caractère universel et viser la satisfaction de tous. Ils savent mieux que quiconque qu’en période électoral, leurs services sont plus sollicités et qu’ils devraient dans ce cas, prendre des dispositions pour un service rapide et prolongé au besoin, que les textes réglementaires qui encadre les élections le prévoie ou pas. Ils savent, mieux que personne, que la notion du service public, c’est en premier lieu, les activités qui réalisent des prestations au bénéfice des citoyens. Ces prestations de service public sont des facteurs fondamentaux de cohésion sociale, nationale. Parce qu’elles permettent aux plus défavorisés d’accéder aux progrès économiques, sociaux, culturels, scientifiques, technologiques. 

Certains partis politiques les soupçonnent des manœuvres, parfois en exagérant,  mais au-delà de la période électorale, ces disfonctionnement constituent un véritable problème, et confortent ceux qui croient que la fonction publique est en crise au Cameroun. Mais de manière ultime, à l’image d’un malade qui devrait entrer chez le médecin avec un mal et en ressortir guéri, l’usager devrait entrer dans un service public avec une préoccupation, et en ressortir satisfait, que le service demandé lui permette d’être candidat à une élection ou pas. Les fonctionnaires qui n’ont pas encore compris cela, où qui se laissent manipuler par le politique, sont ceux-là qui contribuent à alourdir le bilan du régime, qui pèse déjà suffisamment lourd sur les épaules du président Paul Biya…même si on enlève le poids de l’âge

Roland TSAPI

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